Interview
Quels sont les impacts du grenelle sur la baie ?
Le Grenelle nous ramène aux fondamentaux de notre profession, c’est-à-dire construire intelligemment avec le climat et non pas le subir. Avec la nouvelle RT 2012, le Bbio nous replonge dans les années 74-76 du choc pétrolier au cours desquelles des programmes de recherche avaient été entrepris pour défendre une architecture bioclimatique dans laquelle la baie jouait un rôle prépondérant.
Aujourd’hui, le Grenelle nous ramène à ces préoccupations. Il faut que l’architecte puisse concevoir une enveloppe de bâtiment performante dans laquelle la baie joue un rôle très important, au moins aussi important que celui des parois opaques. Il importe donc de capter le soleil et la chaleur qu’il procure pendant les périodes où l’on en a besoin, mais aussi de s’en protéger pour éviter de vivre dans l’inconfort, sans devoir recourir à la climatisation. Et tout ceci incombe donc à la baie !
Il y a des optimisations à faire. On voit à quel point l’orientation est essentielle et c’est justement l’un des rôles de l’architecte et du thermicien qui s’appuient sur des outils de simulation (l’héliodon que nous avions inventé dès 1980 et qui permet de simuler l’ensoleillement par ordinateur). Contrôler par exemple si l’auvent placé devant une fenêtre au sud est efficace, si les masques lointains (sommet dans une montagne, construction à étages) compromettent les apports solaires, et amènent donc à positionner les ouvertures autrement. C’est le rôle de la fenêtre captrice.
Le rôle de la baie ne se réduit pas à cette seule fonction thermique, la baie est aussi faite pour garder un contact avec l’extérieur, prolonger la maison, le bureau, avec l’extérieur.
D’autres performances techniques sont attendues de la baie : acoustiques, aptitude à être autonettoyante, à refléter ou pas le soleil, à être discrète, à proposer toutes les formes d’ouvertures multiples et variées.
Les caractéristiques esthétiques de la baie sont également à souligner, telle que la transparence, avec un rôle des vitrages de plus en plus important comme les triples vitrages, très performants, mais qui restent encore un peu chers.
Le rôle d’occultation de la baie doit également être pris en compte avec les persiennes, les volets roulants, coulissants… La RT 2012 oblige les concepteurs à réfléchir à tout ceci, à l’occultation nocturne et au confort d’été, notamment au sud de la Loire.
On le voit, les impacts du Grenelle sur la baie sont multiples.Au travers des contrats de recherche avec la Fondation Bâtiment Energie, nous avons rédigé un cahier des charges d’un outil de simulation, à destination des architectes. Il a donné naissance à un outil très puissant et ludique : le logiciel Archiwizard, qui réagit en temps réel, permettant ainsi d’obtenir un bilan thermique, dès la première esquisse et de mesurer immédiatement toute modification apportée au projet. Ainsi, tout ce que l’on peut raconter sur la baie peut désormais s’auto-évaluer en phase de conception. On sort du tout quantitatif, au sens de la RT, pour aborder les notions de confort visuel et de confort d’ambiances lumineuses.
Comment vont évoluer le rôle et le métier des architectes dans ce cadre ?
Un architecte ne doit pas seulement se préoccuper de réaliser une belle enveloppe esthétique ; l’architecture c’est aussi l’art de composer des volumes, des proportions, des ambiances, de créer des vides, d’appréhender les jeux de lumières, de transparence. Un bâtiment est d’abord fait pour y abriter des activités humaines : habitat, bureaux, loisirs… Ainsi le confort est un élément fondamental.
Désormais, on parle de plus en plus de garanties de performance, voire de garanties de résultats : il importe que ce ne soit pas que de simples déclarations. Les maîtres d’ouvrages, les habitants, les utilisateurs de bureaux, les consommateurs, vont être de plus en plus exigeants. On leur demande des efforts supplémentaires, l’Etat joue le jeu avec les crédits d’impôts, l’Eco PTZ,… pour que l’on aille vers l’excellence, mais si les résultats ne sont pas au rendez-vous, il y aura un malaise.
Ce qui va changer …
Aujourd’hui, avec le Grenelle, les professionnels du bâtiment ont un challenge devant eux, et il faudra donc aller jusqu’au bout de l’exercice. Un outil comme Archiwizard et un architecte bien informé, cela ne suffira pas. En amont, la formation de tous les acteurs de la chaîne, et notamment des entreprises est indispensable pour réussir.
Le Grenelle nous amène à un jeu plus collectif, plus solidaire. Il importe de diffuser le maximum de formations très vite. La CAPEB et la FFB ont déjà montré l’exemple. Il est important que toutes les professions s’organisent rapidement (architectes, ingénieurs, maîtres d’œuvre), y compris les élus. C‘est aussi une question de volonté : cela fait déjà deux ans que tous les bâtiments que nous concevons sont au moins BBC, quand ce n’est pas à énergie positive, ce qui suppose également des maîtres d’ouvrages intelligents et combatifs.